Ronan Le Bars

Divroet New(e)z : depuis combien de temps joues-tu du uillean pipe, comment es-tu venu à cet instrument ?

Ronan le Bars : j’ai dû avoir mon premier pipe vers 1986. Mon père est arrivé un jour avec un disque de Planxty dans lequel Yann O’Flynn jouait du uillean pipe, et j’ai craqué sur le son de l’instrument bien avant même de savoir comment il était fait puisque en fait sur la pochette il n’y avait ni photo de l’instrument ni celle des gens qui jouaient. C’est vraiment le son qui m’a séduit en premier lieu.

DN : tu peux nous parler de cet instrument ?

RLB : historiquement c’est un instrument qui date de la fin du 17e début 18e siècle. C’est un instrument qui a été élaboré après un interdit puisque les irlandais avaient une cornemuse comme les écossais mais à deux bourdons au lieu de trois et quand Cromwell a investi l’Irlande il a interdit aux irlandais de jouer de cet instrument. Il les trouvait trop fiers et belliqueux. A la suite d’une mini révolution il a admit qu’ils pouvaient en jouer mais uniquement assis. La problématique d’un instrument dans lequel il faut souffler, et comme à l’époque les anches et les poches ne devaient pas être bien étanches ça devais être très dur, ils ont inventé un instrument à soufflet moins sonore qui se joue à l’intérieur et le uillean pipe est né comme ça. Plus tard il a aussi interdit l’orgue dans les églises et comme c’est un peuple très croyant quelqu’un a trouvé l’idée de mettre des touches sur les bourdons qu’on appelle les régulateurs et qui permettaient donc d‘accompagner les cantiques dans les églises. Vers 1890, le pipe est arrivé vraiment tel qu’on le voit à l’heure actuelle sur scène avec celui qu’on appelle le « Concert Pitch », le pipe en ré. Avant, les pipes étaient beaucoup plus graves et permettaient de jouer en solo. A partir de fin 19e début 20e siècle il y a eu une sorte de mètre étalon, le ré, pour que les gens puissent jouer ensembles.

Aucun piper ne joue de la même façon. Il y a une méthode de base mais pas de méthodologie comme pour la cornemuse, chacun élabore son style.

DN : tu as toujours voulu être musicien professionnel ?

RLB : musicien professionnel ! Ça ne veut rien dire. Musicien ! Oui. Avoir l’opportunité de vivre de ma musique ça m’est venu plus tard. Ce n’est pas un but en soi d’être intermittent du spectacle. Avant tout c’est pouvoir faire ce qu’on a envie de faire, ça vient avec le temps, il faut avoir envie de raconter quelque chose sur scène.

J’ai fait de la musique au sein du bagad de Guingamp pendant longtemps, j’ai commencé la cornemuse vers l’âge de 8 ans et après mon armée, voyant que j’avais des demandes pour remplacer telle ou telle personne, que m’est venue l’idée de faire de la musique comme musicien professionnel.

DN : comment t’intègres tu dans des formations autres qu’ irlandaises ?

RLB : à moi de trouver le style qui correspond le plus à leurs instruments.

DN : quels conseils donnerais-tu à un débutant en Uillean pipe ?

RLB : écouter les autres avant de se croire bon ! La problématique c’est que les gens ont des instruments qui fonctionnent ce qui n’a pas été mon cas et avant moi il y a eu encore plus de problèmes pour avoir un instrument fiable, il n’y avait pas de méthodes pour le travailler et les disques étaient très rares.

Maintenant il y a des stages, des cours, des instruments fiables. Mais les gens grillent beaucoup d’étapes. Comme pour une guitare on arrive assez vite à faire un morceau. Après, de là à en jouer magnifiquement, il y a des années et des années de travail. Ce n’est pas parce qu’on sait faire une « ritournelle » à la guitare qu’on sait jouer de la guitare. C’est exactement pareil avec le uillean pipe ce n’est pas parce qu’on sait faire un morceau au coin du feu qu’on est piper. Il faut écouter les gens, qu’ils soient pipers ou non, écouter les musiciens et en tirer des enseignements. C’est vrai pour toutes les musiques.

DN : quelle est la musique que tu écoutes le plus en ce moment ?

RLB : j’écoute de tout. J’aime une certaine forme de jazz, la musique baroque, certains groupes de rock (Led Zeppelin, Deep Purple) et ma musique car avec mes potes nous avons des répertoires à travailler. Dans ma voiture j’ai toujours un bon disque de rock, classique ou baroque. Cette musique m’aide à me vider la tête après un concert.

DN : les influences ont-elles modifié ta manière de jouer ?

RLB : c’est sûr, dès qu’on rencontre quelqu’un il y a toujours quelque chose de positif à tirer de son jeu ou de son son mais on n’y fait plus attention.

DN : t’arrive-t’il de reprendre ta cornemuse écossaise ?

RLB : très rarement en fin de compte (à part avec Dan). Je n’en fais pas assez. Le uillean pipe est un instrument est très compliqué, ça me prend une grande partie de la journée et si je dois changer d’instrument, je dois changer de répertoire et de technique c’est un peu pour ça que je n’en fais quasiment plus, et à mon grand regret, car c’est un instrument plus festif. Si on arrive dans un bar avec une cornemuse ça fait tout de suite le show, lors de festivals aussi. Avec un uillean pipe, comme c’est relativement faible, on ne l’entend pas forcément.

DN : Que penses tu du niveau d’implication des Bretons dans la musique Irlandaise aujourd’hui ?

RLB : il est très fort et même presque plus fort qu’en Irlande. Un bon copain qui s’appelle Desi Wilkinson, un excellent flûtiste qui joue dan le groupe « CRAN » et qui est prof à l’université de Limerick a dit un jour à jean Michel Veillon, qui est lui aussi un excellent flûtiste breton, « continuez à jouer de la musique Irlandaise comme ça car vous êtes un peu notre garant dans la tradition irlandaise » c’est à dire qu’à force de tourner en rond ils cherchent toujours autres choses et ils s’éloignent de l’épicentre de ce qu’était réellement la musique irlandaise avant, telle qu’elle était dans Planxty, les Chieftains… Ils essaient d’élaborer des morceaux, des contretemps qui n’existaient pas forcément dans cette musique, et en fin de compte ils ne jouent pas beaucoup les vrais morceaux traditionnels. En Bretagne il y a beaucoup de sessions, les gens ont apprit sur des anciens disques et c’est souvent ces anciens morceaux là qui ressortent. On est donc un peu garant de cette forme de musique primitive irlandaise.

DN : quels sont tes projets pour les mois à venir ?

RLB : on est en train de faire un disque, mais il a du mal à se faire distribuer pour l’instant, avec les frères Boclé qui sont des jazz mens relativement connus et qui vivent à new york. Il y a du beau monde parce qu’il y a des gens comme Manu Katché dessus.

C’est un autre monde dans lequel j’essaie d’inclure le uillean pipe dans une sorte de pseudo jazz adapté pour l’instrument. Je pense que lorsque le disque sortira il y aura des concerts car il y a de plus en plus de festivals de jazz dans lesquels les gens sont intrigués et intéressés par cet instrument.

La formule de Dan Ar Braz à l’air de fonctionner donc on peut espérer des concerts l’année prochaine.

La vie d’un musicien professionnel est de vivre au jour le jour. On doit faire des disques, trouver d’autres sons, faire des créations pour faire de l’actualité. La crise du disque fait que l’on n’en vend plus beaucoup. C’est compliqué de trouver des places pour pouvoir s’exprimer. On est un peu dans le flou artistique, c’est le cas de le dire. On fait des choses intéressantes, tous autant qu’on est, mais ce n’est pas forcément ça qui marchera. On propose !

DN : Le mot de la fin

Continuez à écouter de la musique traditionnelle.

Mots-clés :