Hubert Raud

Divroet New(e)z : comment as-tu débuté dans la musique bretonne ?

Hubert Raud : c’est un peu le hasard si j’ai fait de la musique parce que j’étais asthmatique et que je n’avais pas le droit de faire de sport. Je voulais absolument, et mes parents aussi, avoir une activité et ayant un cousin qui jouait dans un bagad il m’a conseillé d’y aller, ce que j’ai fait. Je suis arrivé au bagad d’Auray en 1970. Pour le choix de la cornemuse, c’est le même schéma : le hasard. Il y avait plus besoin de cornemuses cette année là que de bombardes ou de batteurs. Je n’avais aucune idée de ce qui m’attendait !

Le bagad d’Auray existait depuis 1951 et j’aurais pu m’y intéresser lorsque j’étais enfant ou au début de l’adolescence, mais ça ne s’est pas fait comme ça.

Maintenant j’en fais mon métier, ça fait douze ans. C’est une chance car c’est un créneau difficile. Il m’a fallu énormément bosser pour y arriver et je sais que je ne deviendrai jamais millionnaire ou milliardaire… Mais bon, c’est ma passion et je suis très content de pouvoir en vivre. Étant seul, je fais un peu ce que je veux, ce qui est un gros avantage.

DN : qu’est ce qui t’a plus dans ce milieu là ?

HR : j’ai eu du mal à démarrer la cornemuse, c’est un apprentissage difficile, ça a pris un peu de temps. Et puis à partir du moment où j’ai commencé à me débrouiller, deux ou trois ans après, j’ai eu le déclic. Le bagad, la vie en collectivité, j’ai trouvé ça intéressant. Les répés, les préparations de concours, les voyages enfin tout ça, ça a meublé ma jeunesse, et je dirais, presque toute ma vie.

DN : tu as été penn sonneur d’Auray…

HR : j’ai été responsable du pupitre cornemuse du bagad d’Auray de 1975 à septembre 2004. J’avais fait un petit break d’une année en 1999, mais je suis bien vite revenu. J’avais laissé ma place de leader à Yoann, un collègue plus jeune que moi, mais au bout d’une année environ j’ai repris ma place car lui devenait moins disponible. Mais cette fois-ci, j’ai définitivement arrêté. Enfin…. arrêté avec Auray car je fais les concours avec le bagad de Locoal Mendon ainsi que quelques concerts. Les gens sont sympas et ça change d’Auray. Ils ont une autre vision de la musique qui est intéressante.

DN : quel est le rôle exact du penn sonneur, et pourquoi c’est si difficile ?

HR : ce n’est pas si difficile, ça demande pas mal d’énergie, parce qu’il faut tout le temps mener toute une bande de copains, diriger musicalement et préparer les partitions. Ça demande beaucoup de travail et de temps.

DN : et en parallèle, tu arrivais quand même à travailler ton instrument ?

HR : bien sûr. De toute façon pour arriver au niveau où l’on est on est à Auray, il fallait bosser tous les jours. On ne peux pas avoir un niveau comme celui qu’on a en cornemuse en ne jouant qu’une heure par semaine… C’était minimum une ou deux heures par jour. Ça demande un travail quotidien, c’est intensif…

DN : quels sont tes rapports avec les groupes divroet ?

HR : je suis assez attaché à divroet parce que je trouve que j’ai une chance énorme de vivre en Bretagne. Quand je vois les copains divroet qui rament, je pense surtout au bagad de Roanne, avec qui j’ai des relations privilégiées. Je vais y faire des stages une ou deux fois par an, bénévolement avec deux autres copains d’Auray. Les gens viennent de 200 km à la ronde pour répéter ! Pour les gens de Paris c’est pareil, ça vient des quatre coins de la capitale. Je trouve qu’ils ont du mérite. Et en plus ils viennent faire les concours en Bretagne. Ils arrivent en général juste le matin du concours après avoir passé la nuit à voyager, ils font leur concours et ils repartent quelquefois en ayant pris des vestes terribles. C’est ce que me racontait Alain Pourchasse quand il était à Clichy. C’est vraiment pas facile.

DN : et avec Lille ?

HR : je suis allé deux fois à Lille faire travailler les cornemuses du bagad. J’ai un bon copain Christophe Popinot qui joue de la cornemuse là-bas, il vient souvent dans le coin d’Auray où il a une maison, et ça nous permet de nous voir plus souvent.

Avant, dans les années 80/90, on allait aussi faire des stages à Clichy. Pour nous, aller à Paris tout un week-end c’était un peu la grand aventure à l’époque. On en profitait un peu pour faire la fête la nuit. Stage le jour, les fous la nuit, c’était rigolo.

DN : tu es aussi responsable de la commission des juges ? comment les choisis-tu ? quelles sont les qualités requises ?

HR : oui, c’est vrai. La commission jury englobe pas mal de choses. La commission technique et musicale s’est mise en place récemment. Actuellement, ce n’est plus la commission jury qui gère les partitions imposées pour les groupes de quatrième et cinquième. Nous avons créé une commission musicale de trois personnes qui s’occupe principalement de ça. La commission technique elle, s’occupe entre autre de la formation des jurys pour tous les concours de la première à la cinquième catégorie. Ça fait quand même dix concours par an, et il faut donc trouver dix fois 11 ou 12 juges. Ce n’est vraiment pas facile. Ça nous prend un temps fou de lister les juges, de les contacter, de refaire des listes parce que les gens ne sont pas forcément d’accord ou disponibles.

Je m’occupe aussi du concours en couples de Gourin où je dois trouver 15 juges ! À Gourin il y a environ 20 à 25 couples à jouer, ce qui fait pas mal de sonneurs qui sont déjà pris par le concours. Il faut donc trouver d’autres personnes disponibles qui ont envie de venir juger et qui sont compétentes pour le faire. On essaye le plus possible de renouveller les juges pour que ça ne soit pas toujours les mêmes, mais ce n’est pas évident.
Pour répondre à ta question quelles sont les qualités pour être un bon juge technique je dirai d’abord qu’il faut connaître parfaitement le milieu des bagadoù et le milieu de la musique. Avoir une certaine expérience aussi, par exemple on ne peut pas mettre un petit jeune à juger comme ça, sans expérience… Pour le concours de Lorient, notamment on met un juge extérieur qui juge l’ensemble. L’année dernière il y a eu le directeur du Big Band de Lorient Didier Ropers qui est très reconnu dans le milieu du jazz en Bretagne et en France. Il fait des formations CEFEDEM (Centre de formation des enseignants de la danse et de la musique) un peu partout en France et en Bretagne. Avant lui, il y a eu Dan Ar Braz, qui n’est pas étranger à la musique bretonne mais qui n’est pas dans le milieu des bagadoù. Il y a eu Pascal Marceau qui est un grand organiste et qui est titulaire des orgues de Toulon. Tous les ans on essaie de trouver des gens nouveaux car c’est bien d’avoir une oreille un peu différente.
Il y a toujours un ou deux juges extérieurs à la musique Bretonne.

DN : y-a-til une formation pour devenir juge ?
HR : on a commencé à BAS à faire une formation juges. Il y a eu une journée en 2006, pas mal de gens intéressés sont d’ailleurs venus. On va remettre ça dès que possible, le plus dur est de trouver des dates.

DN : peux-tu nous parler un peu du règlement ?
HR : pour les bagadoù le nouveau règlement est en place depuis 3 ans. On a travaillé plus de deux ans dessus, il a été discuté avec plein de gens, les groupes ont été consultés, tenus au courant. Au Comité Directeur il y a des représentants de plusieurs bagadoù qui ont donné leur avis et ont participé à la mise en place de ce règlement. Nous n’avons rien imposé, tout a été fait en concertation. Nous invitons d’ailleurs le public à venir se présenter au Comité Directeur à l’Assemblée Générale en novembre pour voir comment les choses se passent.
Il faut rappeler que tout cela est fait par des bénévoles pour des bénévoles.

DN : que vas-tu faire maintenant que tu as laissé tomber Auray ?

HR : ah non ! Je n’ai pas laissé pas tomber Auray. D’abord j’habite toujours Auray, de plus mon épouse est la secrétaire du bagad d’Auray et de la Kevrenn Alre, les danseurs. Je travaille à Auray et je suis donc toujours en contact avec eux.

Je travaille aussi avec le festival de Lorient. Dès qu’il y a des créations, des concerts, Jean-Pierre Pichard me demande de m’occuper de toute la partie cornemuses. Il y a eu Bercy 2007, les créations Korolls (octobre 2006) et d’autres spectacles prévus cette année et l’année prochaine, Celtica à Nantes, et il va y avoir les nuits celtiques à Rennes le 2 juin 2007.

Je suis donc relativement bien occupé tout au long de l’année avec la préparation des partitions, l’organisation des répés avec tous les bagadoù, etc.

DN : tu as fait partie du groupe HIRIO, peux-tu nous en parler un peu plus ?

HR : ce groupe avait été créé par le Festival Interceltique de Lorient. Nous étions 6 musiciens : Alain Pennec à l’accordéon, Alain Kerneur joueur de bombarde, moi à la cornemuse, Mariannig Larc’hantec à la Harpe, Catherine Boulogne au violon/alto et Michel Mouellic aux percussions. On a fait le tour du monde avec ce groupe pendant près de 10 ans, Australie, Japon, Chine, Etats-Unis, Oman etc. Ce groupe s’est en fait monté par hasard. Jean-Pierre Pichard m’avait demandé d’aller sonner en Louisiane avec un compère, ils avaient ausi invité un joueur d’accordéon Alain Pennec et la harpiste solo Mariannig Larc’hantec. Les organisateurs nous ont dit : « hé les gars, faut pas jouer chacun dans son coin, faut jouer ensemble ». Et là on s’est mis dans une piaule d’hôtel toute une journée et on a crée un répertoire. C’est comme ça qu’est né le groupe Hirio.

DN : et sonner en couple ?

HR : j’ai arrêté de sonner en couple. Je l’ai fait pendant 15/20 ans, j’ai été 4 fois champion de Bretagne à Gourin avec mon compère, ça a été une grosse période aussi, agréable, mais bon ça c’est fini. Je suis de l’autre côté de la barrière maintenant. C’est une page de ma vie qui s’est tournée, je n’ai aucun regrets et surtout je m’intéresse à d’autres choses maintenant. Il m’arrive quelquefois de sonner à droite ou à gauche avec différents compères. Par exemple aujourd’hui on m’a demandé d’aller sonner pour la venue de Ségolène Royal à Lorient, alors j’ai dû trouver une bombarde pour m’accompagner (rire).

DN : tu travailles sur des projets en ce moment ?

HR : et bien oui justement. Il y a le projet des Champs Élysées en préparation. Je travaille avec I3C qui met en place ce projet avec la région et je suis, à BAS, une des personnes du Comité Directeur qui s’intéresse de près à ça. Le projet est en route, il y a 8 pôles de 8 groupes de la première à la cinquième catégorie. Chaque pôle a choisi son répertoire selon sa région et ses préférences, on leur a seulement demandé de trouver deux airs. Le défilé sera retransmis au journal télévisé le 23 septembre et durera 53 minutes. C’est un gros projet qui demande beaucoup d’investissement en présence et préparation.

Hubert Raud

Hubert.raud@wanadoo.fr

tél : 02 97 24 84 61

fax : 02 97 24 03 39

Mots-clés :