Le Bagad Keriz et son penn soner, Gilles Marcon

 

Divroet New(e)z : qu’est ce que le bagad Keriz ?
Gilles Marcon : Keriz c’est une longue histoire. Il a démarré en 1980, c’était le rêve d’une petite poignée de personnes qui se sont retrouvées sur Paris et qui ont décidé de s’unir pour créer un bagad. C’est parti de sept ou huit personnes que j’ai rencontrées rapidement puisque je suis arrivé sur Paris en 1980. C’est comme ça que s’est créée la première formation qui s’est produite à l’époque dans un concours à Aulnay. C’était un concours difficile pour nous car nous n’avions pas d’expérience et on a fini avant dernier. On en a tiré des leçons pour progresser.

Il est composé d‘émigrés d’origine bretonne pour la plupart.

Je suis bordelais et je suis rentré à Keriz grâce à Jean-Luc Coadou puisqu’on travaillait dans le même service. La musique bretonne était inconnue pour moi, je faisais du saxophone, et Jean-Luc s’initiait à la cornemuse. Pendant nos temps de loisirs il m’a initié à la bombarde. Il venait de connaître la structure Keriz et il m’a amené dans cette équipe.

DN : vous êtes parti d’un petit noyau !

GM : ça s’est fait progressivement, malheureusement pour d’autres groupes et heureusement pour Keriz. Nous avons bénéficié de l’apport de quelques musiciens extérieurs qui ont quitté leur groupe d’origine, Colombes par exemple.

C’est comme ça qu’est arrivé Loïc Taillebrest qui était une figure importante du bagad. Sans doute ont-ils fait le choix de Keriz parce qu’il y avait une meilleure dynamique, l’envie d’évoluer, de faire une musique plus évolutive que ce qui se passait à l’époque. Toujours est-il que le groupe s’est renforcé et a fait une progression tout à fait honorable durant ses premières années d’existences.

Né en 1980, on obtient un titre de champion de Bretagne en 3e catégorie en 1983. Le renforcement de l’effectif, l’évolution des qualités musicales notamment, et les compositions de Loïc nous ont conduit en 1995 à passer en 1e catégorie. Nous étions en 2nde où l’on a végété un certain temps dans les années 1986, ce qui n’est déjà pas si mal parce qu’en tant que groupe émigré, on a du mal à se maintenir à un bon niveau musical du fait de la fluctuation des effectifs.

En région parisienne les gens viennent travailler, intègrent le bagad puis retournent au pays. Il y a des gens partout, on accepte tout le monde, on a ce souci d’ouverture qui fait que sans ça on ne serait pas là aujourd’hui. Par exemple, on a intégré un Italien, des Auvergnats, …

Pas mal de gens s’intéressent à la musique bretonne.

DN : vous les formez ou ce sont déjà des musiciens ?

GM : on a formé beaucoup de personnes. Il nous arrive parfois de compter dans nos rangs des gens qui viennent nous renforcer pendant un ou deux ans, qui viennent faire leur études ; souvent déjà formés par des bagadoù de Bretagne. C’est une aubaine pour nous, malheureusement ils ne sont que de passage.

DN : quelqu’un compose maintenant pour le bagad ou ce sont des décisions collégiales ?

GM : pour l’instant les compositions sont l’oeuvre de quelques personnes.

Il y a eu Loïc Taillebrest, puis Alan Paubert, Daniel Couëpel qui s’est illustré au travers de différentes compositions originales. Avant lui, il y a eu Camille Gontier qui avait fait des études musicales et qui est reparti au pays pour pratiquer de la voile à haut niveau. Il a été notre penn-soner et a composé une très belle suite en 2002 qui nous avait permis de finir premiers à Lorient.

Maintenant c’est moi qui ai repris les rennes du groupe (un retour à ce poste que j’avais déjà occupé de 95 à 99). Nous avons été confronté à la décision de savoir si on se présentait ou pas au concours en 2006 sachant que le groupe n’était pas en pleine puissance. On a décidé malgré tout de le faire en reprenant des compositions originales que nous avions déjà jouées.
Ça a aussi marqué les 25 ans d’existence du groupe.

DN : vous répétez souvent ?

GM : La fréquence est de 2 fois par semaine, le mercredi soir et le samedi après midi. La difficulté est d’allier le travail de groupe et la formation. Nous voulions créer un bagadig mais c’est difficile de faire fonctionner les deux, nous avons des locaux qui ne nous sont pas propres, qui nous sont attribués à des horaires précis. Et se pose le problème de l’éloignement ! Nous sommes tous éparpillés en région parisienne. La plupart des gens habitent dans un rayon de 50 à 60 km. Pour les plus éloignés, c’est une heure de trajet.

DN : C’est un travail qui paye puisque vous avez gagné en seconde catégorie cette année !

GM : ça nous fait bien plaisir et mis du baume au coeur.
Il nous a fallu convaincre beaucoup de monde qu’il fallait continuer à faire des concours malgré notre mauvais résultat de l’an dernier. On l’a fait, ça a été difficile, certes avec des airs déjà connus, une suite un peu réarrangée. Nous n’avons pas fourni un gros travail de composition, on a cherché surtout à retrouver un niveau de qualité, à retrouver une confiance dans le groupe.

Premier, c’était un peu l’objectif compte tenu de notre résultat de Concarneau qui laissait déjà présager d’une évolution on pouvait mettre ce résultat en terme d’objectif. C’est réussi, tant mieux. On s’est donné les moyens. Ce n’est jamais gagné, on n’est pas seuls à concourir.

DN : vous faites beaucoup de sorties ?

GM : non, une dizaine dans l’année. C’est dû à l’éloignement. On a du mal à assurer une bonne fréquence aux répétitions. On essai d’en faire moins, mais de présenter quelque chose de qualité. On assure un effectif minimum.

DN : vous avez des relations avec les autres bagadoù de la région parisienne ?

GM : on a une relation privilégiée avec le bagad d’Athis-Mons puisqu’on a bénéficié du renfort de personnes du groupe et pas des moindres. On les remercie pour cela. On a le souci également de leur rendre service. On a concouru avec eux à Strasbourg. Eux comme nous ont ce même engagement d’entraide qui sera nécessaire pour l’avenir si on veut se maintenir à un niveau correct. Chacun s’enrichit de l’expérience et de la qualité de l’autre.

En tant que groupe divroet je sais ce que c’est que de vivre à l’extérieur du mouvement breton. Mouvement qui bénéficie d’un large soutien en Bretagne avec des moyens dont nous ne disposons pas. Être là aujourd’hui à ce niveau là, c’est bien. J’espère que ça pourra donner confiance à beaucoup de groupes. Tout est possible avec de la volonté, de l’ouverture, de la tolérance. Avec toutes ces qualités qui peuvent donner envie aux gens d’intégrer, de renouveler l’effectif. Il faut s’attacher à transmettre ce qu’on a pu acquérir d’expérience.

DN : on dit de vous que vous êtes un groupe phare !

GM : On en a conscience, tout en sachant qu’on n’agit pas comme ce que pourrait attendre les autres groupes d’un groupe comme le nôtre, on ne s’investit peut être pas en terme de formation divroet pas exemple. C’est très difficile, il ne faut pas nous en vouloir. C’est réalisable, donner de la confiance et de la persévérance !

J’espère que nous ne les décevons pas trop, par nos derniers résultats de concours et peut-être nos manques d’échanges.

Quels que soient les bagadoù divroet, nous vivons les mêmes passions avec les mêmes difficultés de recrutement, d’éloignement ou de fonctionnement inhérentes à nos positions géographiques.

DN : quels ont été vos plus belles sorties ou collaborations ?

GM : parmi les meilleures collaborations, on peur citer la contribution du groupe au premier disque de Soldat Louis « Du rhum, des femmes » mais aussi aux concerts d’Hughes Auffray à l’Olympia en 2000 et d’ I Muvrini en 2003 au Zénith de Paris, à Vienne et Lorient.

Pour les sorties, on retient bien sûr celles à l’étranger telles que le festival folk d’Odense au Danemark, deux participations mémorables aux fêtes de la Wallonie à Namur et celle de La Haye aux Pays-Bas. Plus récemment, la sortie de Bruxelles où nous avons joué sur la Grand Place bondée d’un public chaleureux restera dans les mémoires.

Plus prés de chez nous, difficile est de citer les sorties qui nous ont marqué tant il y a eu de bons moments en 25 ans d’existence. Les plus anecdotiques resteront celles du salon de l’agriculture à Paris où nous avions joué pour les éleveurs de Chevaux Bretons ou bien celle d’une arrivée d’étape du tour de France à Vitré ou nous figurions en première partie du groupe « Boney M ».

DN : que veux dire Keriz ?

GM : “Citadin”. Le choix s’est porté sur ce nom pour marquer notre implantation en région parisienne.

DN : explique-nous le logo ?

GM : le logo a été crée par Gilles VAILLANT, sonneur de cornemuse du Bagad Kemper. A l’époque, Gilles était sur Paris tout comme Maurice POMMEREUIL et Jean-luc GUENNEC, respectivement batteur et bombarde d’Auray) à qui l’évolution du bagad Keriz doit beaucoup.

Après la rigueur des répétitions, nous nous retrouvions autour de bonnes pintes de bière ou couscous « chez Môn ». C’est dans cet endroit de franches rigolades qu’un soir, Gilles s’est mis à dessiner sur la nappe en papier cette « bébête cornemuse » avec sa pinte de bière à la main. Comme ce dessin caractérisait bien le groupe à cette époque, le coin de nappe a été récupéré et c’est ainsi que la bébête est devenue notre logo, décliné plus tard sous de multiples facettes par Yann Le T.

 

Propos recueillis lors du concours de 4e catégorie à Lorient 2006

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